ALBATROSSNEWS Voir loin, comprendre profond. Édition du 6 Juillet 2026 — Par la Rédaction ALBATROSSNEWS

RUBRIQUE: POLITIQUE

Est de la RDC: où en sont les pourparlers de Doha?

Kinshasa/Doha: Plus d’un an après l’ouverture des discussions sous médiation qatarie, le processus censé mettre fin au conflit entre Kinshasa et l’AFC/M23 avance par à-coups, entre accords-cadres signés et cessez-le-feu jamais pleinement respectés. État des lieux.

Origines d’un processus

Les pourparlers de Doha s’ouvrent le 9 avril 2025, sous la médiation du Qatar, quelques jours après une rencontre entre les présidents congolais Félix Tshisekedi et rwandais Paul Kagame. Objectif affiché : trouver une issue pacifique à la guerre qui oppose, depuis novembre 2021, le gouvernement congolais à la coalition rebelle Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), elle-même décrite par plusieurs rapports des Nations unies comme appuyée par les Forces rwandaises de défense un soutien que Kigali continue de démentir.

Le 23 avril 2025, une première déclaration conjointe évoque une volonté commune de travailler à une trêve. Le 19 juillet suivant, une Déclaration de principes est signée à Doha, dans la foulée d’un accord de paix distinct conclu à Washington entre la RDC et le Rwanda.

Des étapes, mais peu de mise en œuvre

Les mesures de confiance prévues par la Déclaration de principes notamment la libération de prisonniers des deux camps accusent rapidement du retard. Le M23 conditionne sa présence à Doha à la libération de plusieurs centaines de ses membres; les discussions directes prévues le 8 août 2025 n’ont pas lieu, aucune délégation ne s’étant déplacée.

Il faudra attendre le 15 novembre 2025 pour qu’un accord-cadre plus substantiel soit signé à Doha, structuré autour de huit protocoles thématiques: mécanisme de libération des prisonniers (signé le 14 septembre 2025), mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu (signé le 14 octobre 2025), et plusieurs autres volets portant sur l’accès humanitaire, la protection judiciaire ou le retour des administrations locales. En avril 2026, un nouveau round de discussions se tient à Montreux, en Suisse les négociations y ayant été délocalisées en raison de la situation sécuritaire au Moyen-Orient pour tenter d’accélérer la finalisation des protocoles restants.

Sur le terrain, la guerre continue

Sur le terrain, cependant, les combats ne se sont jamais réellement arrêtés. Après la prise de Goma et Bukavu par l’AFC/M23 début 2025, la ville d’Uvira, troisième cité du Sud-Kivu, tombe à son tour en décembre 2025, avant un retrait partiel des rebelles mi-janvier 2026. La reprise de la ville par les FARDC et les milices Wazalendo s’accompagne de pillages et d’un exode de civils de la communauté Banyamulenge craignant des représailles, ainsi que de la découverte de fosses communes que les autorités congolaises et Human Rights Watch attribuent à l’AFC/M23 et aux forces rwandaises.

Les mois suivants voient se multiplier les frappes de drones et le brouillage des signaux GPS des deux côtés. En mars 2026, une frappe sur un quartier résidentiel de Goma coûte la vie à une employée française de l’Unicef, provoquant l’ouverture d’une enquête pour crime de guerre par la justice française. La crise humanitaire s’aggrave en parallèle, avec des millions de déplacés internes et un accès aux soins toujours limité.

Accusations croisées

Kinshasa accuse Kigali de piloter le M23; le Rwanda dément, tout en accusant en retour la RDC de couvrir les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), une accusation que Kinshasa rejette également. Depuis 2022, plusieurs rapports du Groupe d’experts de l’ONU concluent pourtant à un soutien rwandais à la rébellion, ce qui a valu à Kigali des sanctions américaines visant l’armée rwandaise et quatre de ses hauts commandants. Le Conseil de sécurité de l’ONU, via sa résolution 2773, continue d’exiger le retrait des troupes rwandaises du sol congolais et l’arrêt du soutien de Kigali à l’AFC/M23.

Côté rwandais, la porte-parole du gouvernement avait par le passé rejeté les accusations congolaises, dénonçant ce qu’elle a qualifié de mensonges et reprochant à Kinshasa de violer le cessez-le-feu tout en prétendant s’en porter garant.

Un blocage qui s’éternise

Le 30 juin dernier, à la veille du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la RDC, le coordonnateur politique de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, a de nouveau accusé Kinshasa de ne pas honorer ses engagements. Il s’est dit surpris que son mouvement soit le seul à essuyer pressions et sanctions internationales, alors que, selon lui, Kinshasa n’aurait jamais fait l’objet du même traitement.

Le gouvernement congolais, par la voix de son porte-parole Patrick Muyaya, maintien de son côté une ligne constante: l’intégrité territoriale du pays n’est pas négociable, et aucune cession de territoire ne sera actée dans le cadre des discussions.

Quelles perspectives?

Entre Nairobi, Luanda, Doha, Washington et Montreux, les cadres de médiation se sont multipliés sans qu’aucun ne soit parvenu, à ce jour, à imposer un mécanisme de suivi réellement contraignant sur le terrain. Des voix de la société civile congolaise, dont la LUCHA, continuent de plaider pour un dialogue national inclusif comme voie complémentaire vers une paix durable. Pour l’heure, plus d’un an après l’ouverture du processus de Doha, aucun accord de paix global n’a encore été signé entre Kinshasa et l’AFC/M23.

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