OPINION / TRIBUNE: Ceci n’est pas un article de reportage. Ce texte engage la ligne éditoriale de la rédaction et défend un point de vue assumé. Il ne répond pas aux exigences de neutralité de nos rubriques d’actualité (voir notamment notre article factuel Est de la RDC: où en sont les pourparlers de Doha, rubrique Politique).
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Le pays échoué: pourquoi tenir derrière Tshisekedi n’est pas un choix, c’est un devoir

Il y a quelques jours, une baleine s’est échouée sur le sable de Muanda. Pendant 72 heures, un géant de douze tonnes a agonisé sous les yeux d’une population désarmée, faute d’une grue assez puissante pour le remettre à l’eau. Il a fallu l’affréter depuis Matadi. Il a fallu du temps. Le géant est mort avant qu’elle n’arrive.
On aurait tort d’y voir seulement un fait divers. Car ce pays-là, la RDC, c’est un peu ce même géant: échoué depuis 2021 sur les hauts-plateaux du Kivu, avec Goma et Bukavu arrachées, des fosses communes découvertes à Uvira, une employée de l’Unicef tuée par un drone à Goma, et des millions de déplacés qui, eux, n’ont même pas de plage pour s’échouer. La différence, c’est que le Congo, lui, refuse de mourir avant que la grue n’arrive.
Une guerre qu’on ne nous a pas inventée

Il ne s’agit pas ici de rumeur ni de fantasme. Depuis 2022, plusieurs rapports successifs du Groupe d’experts des Nations unies concluent à un soutien rwandais à l’AFC/M23 un constat suffisamment établi pour que Washington sanctionne l’armée rwandaise et quatre de ses hauts commandants. Le Conseil de sécurité, dans sa résolution 2773, exige noir sur blanc le retrait des troupes rwandaises du sol congolais. Human Rights Watch et les autorités congolaises pointent, fosses communes à l’appui, la responsabilité de l’AFC/M23 et des forces rwandaises dans les exactions d’Uvira. Ce ne sont pas des accusations en l’air: ce sont des dossiers documentés, chiffrés, datés.
Face à cela, le président Félix-Antoine Tshisekedi a fait un choix qui mérite d’être salué plutôt que critiqué: celui de ne jamais céder un pouce de souveraineté sur la table des négociations, tout en épuisant, un à un, tous les canaux diplomatiques disponibles Nairobi, Luanda, Doha, Washington, Montreux. Ce n’est pas de la faiblesse. C’est le choix, souvent plus difficile, de préférer la table des négociations au repli sur la seule option militaire, quand le rapport de force sur le terrain ne joue pourtant pas en sa faveur.
Le prix de l’intégrité territoriale



« L’intégrité territoriale du pays n’est pas négociable »: cette ligne, martelée par Kinshasa depuis le début du processus de Doha, n’a rien d’un slogan creux. C’est la digue qui empêche qu’un accord de paix ne se transforme en chèque en blanc pour un redécoupage de fait de l’Est congolais. Chaque report de la libération des prisonniers par l’AFC/M23, chaque round de pourparlers déserté, chaque frappe de drone en pleine trêve rappelle une chose simple: Kinshasa négocie de bonne foi; en face, la bonne foi reste à démontrer.
Debout, comme le pays qu’on ne coule pas



Un Congo qui tiendrait derrière son président dans cette épreuve n’est pas un Congo naïf. C’est un Congo qui a compris qu’une nation divisée face à une agression extérieure documentée est une nation qui s’échoue deux fois: une fois sur le terrain, une fois dans les têtes. La baleine de Muanda n’a pas eu sa grue à temps. Le Congo, lui, a encore le temps et le devoir, pour chacun de ses fils, de la lui fournir.
Contrepoint — ce que répond Kigali
Par souci d’équité, il faut rappeler que le gouvernement rwandais dément toute implication de ses forces aux côtés de l’AFC/M23 et rejette les conclusions des rapports onusiens, tout en accusant à son tour Kinshasa de tolérer les FDLR un groupe armé lié au génocide de 1994 contre les Tutsis, dont Kigali dit vouloir empêcher toute résurgence. Cette lecture, bien que minoritaire dans les instances internationales citées plus haut, fait partie du débat et mérite d’être connue de nos lecteurs.
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